Jeanette WINTERSON – Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?

Notre rencontre a lieu le lundi 14 octobre 2019 à 16h30 .

Why Be Happy When We Could Be Normal ? (2011)

VF 2012 : Traduit de l’anglais par Céline Leroy

(Céline Leroy était intervenue dans le festival Vo-Vf 2019 de Gif sur Yvette)

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?

Jeanette WINTERSON (Née en 1959 à Mancheser)

« Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? » demande un jour Mrs Winterson à sa fille adoptive de 16 ans, Jeanette Winterson en quête de bonheur et qui préfère les filles aux garçons . Phrase choisie par l’auteure comme titre de ce roman publié en 2011 et qui peut être défini comme une « autobiographie littéraire ». Jeanette Witterson est anglaise. Après un premier livre « Les oranges ne sont pas les seuls fruits » déjà largement inspiré de son enfance malheureuse de petite fille adoptée auprès d’une mère pentecôtiste à la religiosité masochiste, elle reprend ici 10 ans après, son histoire personnelle en y mêlant étroitement un hommage à la littérature.

Petite fille issue du prolétariat de Manchester, Jeanette a dû lutter contre le vide qu’est l’abandon de la mère biologique et surtout contre Mrs Winterson, sa mère adoptive, dépressive, violente et bigote, « une femme qui passait ses nuits à faire des gâteaux pour ne pas avoir à dormir dans le même lit que mon père. Une femme qui avait une descente d’organes, une thyroïde ­déficiente, un coeur hypertrophié, une jambe ulcéreuse jamais guérie, et deux dentiers — un mat pour tous les jours et un perlé pour les grands jours », une femme qui ne s’aimait pas et « n’aimait pas les humains ».

La force de cette lutte, Jeanette Winterson l’a trouvée   dans les livres. Elle lit tout, de A à Z.

«Un livre est un tapis volant qui vous emporte loin. Un livre est une porte. Vous l’ouvrez. Vous en passez le seuil. En revenez-vous ? », « Je n’avais personne sur qui compter, mais TS Eliot m’a aidée, « Quand les gens disent que la poésie est un luxe, qu’elle est optionnelle, […] ou tout autre argument étrange et stupide qu’on entend sur la poésie et la place qu’elle occupe dans notre vie, j’imagine que ces gens ont la vie facile. Une vie difficile a besoin d’un langage difficile — et c’est ce qu’offre la poésie

En fait, c’est aussi (c’est surtout ?) d’une émancipation grâce à la littérature et à l’écriture que traite ce livre. Une émancipation intellectuelle, sexuelle et féministe. Un livre à l’écriture truculente et pleine d’humour. Un livre qui nous a tous marqués.

Why Be Happy When We Could Be Normal ? (2011)

«Why Be Happy When You Could Be Normal?» is the question Mrs Winterson puts to Jeanette Winterson, her 16-year old adopted daughter – a question prompted by her daughter’s quest for happiness and her attraction to women.  It also lends the book its title. Published in 2011 it can, in fact,  be considered as a literary autobiography.

The author, Jeanette Witterson, is English. Her  first book- Oranges Are Not the Only Fruit  – was already largely based upon her unhappy childhood, where a masochistic Pentecostal mother with a warped sense of religion loomed large.  We now find Jeanette ten years later taking up where she left off, continuing her memoir and tying it inextricabley to a tribute to literature.

Jeanette  is from the working class of Manchester.  Abandoned by her biological mother, she  struggles to free herself from the sense of emptiness and loss rooted in this abandonment . But she struggles even more against Mrs Winterson, her adoptive mother – a depressed and violent bigot.   «  A woman who stayed up all night baking cakes to avoid sleeping in the same bed as my father. A woman with a prolapse, a thyroid condition, an enlarged heart, an ulcerated leg that never healed, and two sets of false teeth – matt for everyday, and a pearlised set for ‘best’ » 

Yet Jeanette  does find the strength to break free.  And the source of this strength is found in books :     She reads everything.  From A to Z.  « A book is a magic carpet that flies you off elsewhere.  A book is a door.  You open it.  You step through.  Do you come back ?:»  « I had no one to help me, but […] T.S. Eliot helped me »  « So when people say that poetry is a luxury, or an option, […]or any of the strange and stupid things that are said about poetry and its place in our lives, I suspect that the people doing the saying have had things pretty easy.  A tough life needs a tough language – and that is what poetry is. »

In fact this memoir is also – and perhaps  above all –  the story of breaking away, of freeing oneself thanks to the power of literature and the art of writing . It is a  story of emancipation and empowerment :  intellectual, sexual and feminist.  It is also pugnacious and funny – and for all of us a moving story of a personal journey in the pursuit of happiness.