Un livre de raison – Joan DIDION

Notre rencontre a lieu, le lundi 06 Mai 2019.

Ce livre écrit en 1977 sous le titre « A book of common prayer » traduit par « Un livre de raison » qui signifie selon Wikipédia « livre de comptes » ou « registre de comptabilités domestiques »  a suscité un débat animé. Alors que certains l’ont jugé ennuyeux,  d’autres au contraire ont estimé qu’il s’agissait d’un livre remarquable. Après discussion, tous ont souhaité le relire.

Nous sommes dans les années 1970 quelque part dans une république bananière d’Amérique Centrale, un endroit sans intérêt où règne la décrépitude d’anciens fastes coloniaux faits de toc, un endroit de trafic, affrontements et collusions entre politiciens véreux et guérilleros.

Deux femmes, Grace, la narratrice, riche héritière dont la famille contrôle le pouvoir est scientifique.   Charlotte, fantasque, surprenante vient de débarquer dans cet endroit à la recherche de sa fille disparue qui s’est enfuie avec des révolutionnaires après un attentat. Charlotte est morte, « Je serai le témoin de cette femme » annonce Grace à l’ouverture du roman qui se termine par la phrase « Je n’ai pas été le témoin que je voulais être ». Et en effet, Grace, la rationnelle ne parvient pas à comprendre l’énigmatique Charlotte et sous l’angle de vue de Grace, le lecteur est immergé dans le gouffre, le déséquilibre qui habitent l’esprit de Charlotte dont la seule préoccupation est son amour pour sa fille.

On ne peut parler de ce roman sans parler aussi de l’écriture de Joan Didion, sa concision, son  souci du mot juste, précis, celui qui traduit au plus près l’état d’âme, la personne. J. Didion n’explique pas, elle consigne.  C’est une écriture extraordinaire faite d’images précises qui nous plongent au plus profond des personnages et des lieux. Ainsi, Charlotte : « Ses affaires, ses vêtements étaient de prix mais quelques détails, à peine perceptibles, trahissaient une sorte de délabrement (une épingle de sûreté faisait froncer le bord de sa jupe irlandaise, le fermoir du sac à six cents dollars restait toujours à demi entrouvert) qui suggérait une usure secrète de l’esprit, ou une blessure, ou l’abandon ».

A book of Common Prayer – Joan DIDION

Written in 1977, published under the title A book of Common Prayer and translated as Un livre de raison » (from the Latin liber rationis  « book of accounts » or « a register of domestic accounting » as per a Wikipedia entry) this novel by Joan Didion, produced lively debate. While some of us found the book boring, others found it remarkable. The discussion left all of us wanting to read the book again.

The story unfolds in the 1970s, somewhere in a banana republic in Central America, a place with nothing worthy of interest.

The atmsophere is one of ruin and decay, with tawdry reminders of an opulent colonial past, and where smuggling, conflicts and collusion between a corrupt police force and ageing guerrillas are commonplace.

There are two main characters – both women : Grace, the narrator, is a scientist and the wealthy heiress of a family now in control of the government. And Charlotte – whimsical, capricious, has just arrived in search of her daughter who has disappeared and who has fled with a revolutionary guerrilla after a bombing attack.

Charlotte is dead. In the first line of the novel Grace declares : « I will be her witness ». With her final words, which are also the closing lines of the novel ( « I have not been the witness I wanted to be ») she admits her failure. Unsurprisingly. For Grace’s natural bent for the rational and articulate prevents her from grasping the enigmatic Charlotte. And since Charlotte’s experience is filtered through Grace’s consciousness, the reader is plunged into the emptiness of Charlotte’s life, which revolves solely and exclusively around the love for her daughter.

As we read the novel we can’t help but admire Joan Didion’s extraordinary prose style : it is precise, spare, reflecting an unwavering concern for the « right » word that most aptly suggests a character’s most inner being. She doesn’t explain. She records, using precise images that plunge us into the intimacy of characters and places alike. This description of Charlotte offers one telling example:

« … there were the expensive clothes that seemed to betray in their just perceptible disrepair (the safety pin that puckered the hem of the Irish linen skirt, the lasp that did not quite close the six-hundred-dollar handbag) some equivalent disrepair of the morale, some vulnerability, or abandon» (p.26)