Martin Eden – Jack London

Notre rencontre a lieu le lundi 18 février 2019 à 15h30 .

Martin Eden (1909) – Jack London (1876 – 1916)

VF 2016 : Traduction par Philippe Jaworski

Martin Eden, un jeune marin de vingt ans, issu du milieu ouvrier et que rien ne prédestinait à devenir écrivain, va trouver la volonté de se cultiver par l’amour enflammé qu’il porte à Ruth, une jeune fille de la haute bourgeoisie.

Il est prêt à tous les sacrifices pour franchir le gouffre qui le sépare d’elle. Cette sylphide envoûtante parle un langage qu’il doit apprendre à déchiffrer. Il avait déjà une âme de poète, il lui faut juste trouver les mots et la magie de les agencer.

Ruth l’aide à acquérir les rudiments de la grammaire et de la prononciation en l’initiant à la littérature. Elle est intriguée par cet homme rude, sauvage et balafré qui se laisse façonner par elle.

Martin Eden, comme une éponge, absorbe tous les livres qu’il trouve à la bibliothèque d’Oakland. Il s’intéressr à la sociologie, les sciences, la philosophie et la poésie et s’aperçoit vite que la bourgeoisie ne rime pas forcément avec la pensée intellectuelle. Il n’assiste aux soirées mondaines que pour Ruth, qui commence à vibrer à la force de son amour.

Ses petites économies épuisées, il reprend son travail de marin mais la mer l’éloigne de sa bien-aimée.  A la blanchisserie, le travail était d’une cadence infernale, impossible pour Martin de lire, écrire ou de voir Ruth, il est épuisé. Il prend alors conscience de la dégradation de la condition physique, psychique et intellectuelle à laquelle est soumise la classe ouvrière pour répondre aux exigences grandissantes des capitalistes.

Une décision s’impose à lui : désormais, il ne fera plus de travail manuel qui l’abrutit, il vivra de son écriture.

Il s’attaque alors avec acharnement à la machine éditoriale. Il travaille jour et nuit, ne s’accordant que cinq heures de sommeil. Il expérimente tous les styles d’écritures, des poèmes, des nouvelles et des articles de tous genres pour les journaux. Ruth de son piédestal, n’a pas foi en lui et le quitte alors qu’il était sur le point de réaliser son rêve.

Jack London, s’il loue Martin Eden pour sa ténacité et sa clairvoyance, bien supérieures aux soi-disant qualités de la bourgeoisie, dénonce aussi dans ce livre l’individualisme de Martin Eden qui le condamne à l’échec. L’individu ne peut l’emporter face à la société, il  célèbre, avec ce livre, le triomphe du socialisme sur l’individualisme. Mais ce motif souterrain est à peine perceptible pour un lecteur attentif. L’auteur a mis tellement d’éléments biographiques dans Martin Eden, qu’il crée l’ambiguïté dans ce personnage qui lui ressemble tellement. Jack London a mené lui-même une vie d’individualiste tout en dénonçant avec force le système capitaliste. Il était d’ailleurs lui-même imprégné par le darwinisme social d’Herbert Spencer qu’il avait du mal à faire cohabiter avec les écrits de Karl Marx.

Jack London incarne, dans son œuvre, cette Amérique du début du XX siècle pleine de rêves,  d’énergie créatrice, de réussite par soi-même et aussi de violence sociale où les faibles ont du mal à vivre humainement.

 

Martin Eden (1909) – Jack London (1876 – 1916)

Translated by Philippe Jaworski

 

Martin Eden is a young, impoverished 20-year-old sailor from the working class whose odds of becoming a successful author are practically nil. His deep and fervent love for Ruth, a young woman from the upper bourgeoisie, sparks an intense pursuit of self-education. No sacrifice is too great in his effort to bridge the abysmal gap that separates him from this captivating, sylph-like creature who speaks a language that he must learn to decipher. He has the soul of a poet, but not the words – words that have yet to be found along with the magic needed to bring them together.

Ruth introduces him to the world of literature and helps him acquire the fundamentals of grammar and pronunciation. She is intrigued by this man – rough and course, his face scarred by a knife wound – who so willingly lets himself slide into the mold she has shaped for him.

Martin Eden’s mind is a sponge, absorbing everything he reads at the library in Oakland. He is interested in sociology, in the sciences, in philosophy and poetry, and before long comes to understand that the intellectual aura surrounding the bourgeoisie is built on illusions. He does mix with the social elite, but for Ruth’s sake alone, while his love infuses her with a new-found sense of emotional and intellectual vibrancy.

He soon finds himself penniless and goes back to sea, but the distance separating him from the one he so dearly loves is far too great. He returns, finds work at a laundry. But the working environment is nightmarish – so fast-paced that it is impossible to either read, or write or see Ruth. He is exhausted and becomes all too aware of the degrading condition – physical, emotional and intellectual – that the working class is subjected to in order to satisfy the ever- increasing demands of capitalism.

His decision is now taken: He will no longer accept dehumanizing manual labor; hereafter he will make his living as a writer. And he is fiercely determined to do so and make a name for himself at whatever cost. What follows is a continuous outpouring of work. He writes day in, day out, sleeping no more than 5 hours a day, experimenting with all forms and styles of writing, from poems to short stories and newspaper articles covering myriad topics. From her pedestal, Ruth looks down; she has no faith in him and leaves him at the very moment his dream is about to come true.

However admirable Martin Eden may be for his perseverance and clairvoyance, placing him well above the bourgeoisie with their mistaken sense of superiority, he is also, in Jack London’s eyes, an individualist, and as such, is doomed to fail. London, in fact, celebrates the triumph of socialism over individualism. The individual, confronting society, is helpless on his own.

This motif, however, which underlies Martin Eden’s story, may remain elusive to the most attentive of readers. For good reason: the character is ambiguous and can be seen (given the countless autobiographical elements London has injected into Martin Eden’s life) as a reflection of the author’s own ambivalence. London himself led the life of an individualist but at the same time vehemently denounced capitalism. Likewise, he was imbued with Herbert Spencer’s social Darwinism and took great pains, unsuccessfully, to reconcile it with the work of Karl Marx.

In his work Jack London exemplifies America at the turn of the 20th century: a country of dreams, creative energy, the self-made man but also one of social violence where the weak have difficulty living a decent life.

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